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Jouer aux échecs au Café de la Régence en 1874: le véritable esprit ludique du jeu...

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Échecs en présentiel: retrouver le véritable esprit du jeu

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Contrairement aux échecs en ligne, les échecs en présentiel sont en crise, en particulier les tournois destinés aux joueurs amateurs. Plus j’observe le petit monde des échecs, plus je suis d’avis qu’une réflexion à ce sujet s'impose.

Contrairement aux échecs en ligne, les échecs en présentiel sont en crise. Parcourez la liste de départ d’un tournoi en présentiel: vous ne verrez toujours que les mêmes noms (très peu de nouveaux joueurs) et les tournois sont organisés éternellement de la même manière ennuyeuse. Cela est particulièrement le cas dans le pays où j'habite, à savoir la Suisse.


Tout d’abord, il convient de distinguer les joueurs professionnels (une infime minorité) des joueurs amateurs (les 99,9% des joueurs). Les planches de prix élevées, financées par une finance d’inscription élevée, n’intéressent réellement que les premiers. Pour les amateurs, c’est-à-dire l’écrasante majorité des joueurs, ce qui compte, ce n’est pas la planche de prix, mais que le tournoi soit le moins cher possible. Ainsi, dans un tournoi destiné à des joueurs amateurs, la finance d’inscription ne devrait servir à financer que la taxe pour la prise en compte par le classement Elo, et non pas une planche de prix qui peut n’être que "symbolique".

Nota : La problématique des finances d'inscription élevées concerne spécifiquement la Suisse où dans certains tournois destinés aux joueurs amateurs, elle est parfois de l'ordre de CHF 200.- (environ € 210.- ou $ 225.-).

Règle nº 1: Les joueurs amateurs ne sont pas attirés par une planche de prix élevée, mais par une finance d’inscription qui devrait être la plus faible possible.


Dès lors qu’on s’est rendu compte que dans un tournoi destiné à des joueurs amateurs, la distribution "juste" d’une planche de prix n’est plus la seule "obsession", l’organisation même du tournoi peut être repensée en visant à y introduire davantage d’esprit "ludique". Cela passe en premier lieu par oser repenser le système traditionnel utilisé pour calculer les appariements.

La quasi-totalité des tournois est organisée en utilisant le système d’appariements dit "suisse". Or, ce système est particulièrement "anti-ludique" dans la mesure où il propose systématiquement des appariements où la différence de niveau (Elo) entre les deux joueurs est la plus grande possible. Autrement dit, il optimise les appariements qui sont inintéressants d’un point de vue ludique, puisque ce qui est intéressant et amusant aux échecs, c’est avant tout de jouer contre des adversaires qui ont un niveau proche du sien.

Il faut savoir qu’il est parfaitement possible d’organiser un tournoi d’échecs autrement qu’en utilisant le système suisse, en visant avant tout à maximiser des appariements qui mettent en relation des joueurs d’un niveau proche l’un de l’autre, et cela dès la première ronde. J’ai rédigé un article de blog à ce sujet.

Règle nº 2: Le système suisse n’est pas la seule manière d’organiser des appariements dans un tournoi d’échecs. Il existe d’autres systèmes plus intéressants et ludiques pour les tournois destinés à des joueurs amateurs.


Ensuite, la cadence de jeu proposée dans les tournois de parties dites "lentes" (ou "classiques") demeure dans maints tournois beaucoup trop lente. Non seulement le succès des échecs en ligne, mais aussi la recherche d’une meilleure médiatisation de ce jeu (par exemple dans le but que davantage de sponsors soient intéressés à participer au financement de tournois), tout comme l’évolution générale du monde contemporain, sans compter le désir d’une majorité de joueurs, tout milite pour une accélération de la cadence de jeu dans les tournois de parties lentes. Accélérer la cadence permet aussi de réduire le nombre de jours de jeu (puisque cela permet de faire jouer plusieurs rondes par jour) et de rendre ainsi les tournois moins onéreux (frais d’hôtel, déplacements) pour les joueurs, ce qui est, comme je l’ai dit plus haut, un critère essentiel pour les amateurs. Personnellement, je milite pour que la cadence 60’ + 30’’ par coup se généralise dans les tournois de parties classiques destinés à des joueurs amateurs. Cette cadence accélérée est également bien plus appropriée pour les tournois qui se jouent en soirée.

Règle nº 3: Il convient d’accélérer la cadence de jeu dans les tournois de parties lentes. Par exemple, la cadence 60’ + 30’’ par coup devrait devenir la cadence standard "lente" dans les tournois destinés aux amateurs.


Finalement, les tournois devraient être organisés en réservant une catégorie spécifique pour les joueurs âgés de 50 ans et plus. En effet, l’évolution des échecs a conduit à faire de ce jeu avant tout un loisir pour les enfants. Les joueurs âgés se sentent désormais souvent un peu comme dans une garderie, ce qui peut les inciter à renoncer à participer. Ainsi, dans les tournois importants, il devrait y avoir au moins trois catégories d’âge (plutôt que des catégories par tranche Elo) : les juniors (< 20 ans), les seniors (entre 20 et 50 ans) et les vétérans (> 50 ans), ces derniers demeurant libres de jouer avec les seniors s’ils le désirent.

Nota : La problématique d'une catégorie d'âge réservée spécialement aux vétérans (> 50 ans) concerne encore une fois spécifiquement la Suisse, car elle existe déjà dans de nombreux autres pays bien plus "avancés" dans la "modernisation ludique" des échecs en présentiel.

Règle nº 4: Les joueurs "vétérans" (> 50 ans) ne désirent pas forcément être contraints de jouer le rôle de "grands-parents" dans une garderie d’enfants; il convient de leur réserver une catégorie spécifique (dans les tournois avec un nombre important de joueurs).


Je ne peux qu’espérer que la réflexion que j’ai proposée ci-dessus trouvera un écho chez les organisateurs de tournois d’échecs en présentiel.